Medische ethiek

 

Ethique médicale - 70 ans après Auschwitz RCF - 30 mei 2016

 

L’Hôpital juif de Berlin

Lundi 12 septembre 2011 à la librairie Filigranes à Bruxelles, Daniel B. Silver a présenté au micro de Joël Kotek son livre ‘Refuge en enfer’ paru aux éditions André Versaille. Auteur de nombreux articles juridiques et de livres sur l’anthropologie, ce diplômé de Harvard a consacré son dernier livre à une histoire surprenante. En avril 1945,les armées soviétiques arrivées à Berlin, découvrent un hopital juif intact, abritant des centaines de personnes, médecins, infirmières, malades, personnel non médical. Cet hôpital est dirigé par un éminent médecin juif, Walter Lustig.

 

Daniel Silver, "Refuge en enfer", André Versaille

 

Comment cet hôpital a-t-il pu survivre à Berlin? S’agit-il d’une ruse de la part des autorités nazies? Pour chercher à comprendre, Daniel B. Silver a mené une enquête fouillée, basée sur de nombreux témoignages de personnes ayant vécu dans l’hôpital.

 

Selon lui, cet évènement incroyable relève de la combinaison de plusieurs facteurs dont not :

  • la chance;
  • la personnalité du docteur W.Lustig,devenu directeur de l’hôpital;
  • les rivalités bureaucratiques entre la gestapo et le bureau des affaires juives dirigé par A. Eichmann;
  • l’influence du Dr.Lustig qui savait comment jouer avec ces rivalités.

 

Ce dernier est au cœur de cette histoire. Juif allemand, marié à une ‘aryenne’, il est opportuniste et connait bien les hauts responsables nazis. Quel a été son rôle exact? Celui d’un traitre qui a sélectionné lui-même la liste de déportation du personnel hospitalier ou au contraire quelqu’un qui a profité de sa position privilégiée pour sauver des centaines de vie?

 

Le docteur Y. Louis, dirigeant des chambres syndicales des médecins, présenté par le professeur Kotek, est intervenu au cours de l’entretien pour poser la question de la responsabilité du Dr. Lustig, en tant que médecin et en tant que directeur de l’hôpital.

 

Voici quelques-unes de ses réflexions à l’intention de l’auteur:

Une des questions essentielles dans votre livre bien documenté: Quelle est la responsabilité du médecin-chef Walter Lustig? En tant qu’individu, en tant que juif responsable de sa communauté, en tant que médecin et médecin-chef?

 

En principe, la désobéissance civique ou légale (legal desobedience) est toujours possible pour chaque individu. La loi juive le permet également. Depuis 1933, les médecins prêtaient serment au führer et aux lois nazies à la place du serment d’Hippocrate. (Since 1933 the doctors don’t swear the Hyppocrate oat but fidelity to the nazi laws). Ils ont cependant le devoir moral (the moral duty) de traiter les patients. En tant que médecin-chef, le Dr.Lustig a en plus la responsabilité de l’administration et de l’organisation de l’hôpital comme tout médecin-directeur. Il décide ainsi de la survie des patients ou de leur déportation et extermination.

 

Était-il un juif nazi? (a nazi jew)… ou tout simplement l’expression de la banalité du mal (the banality of evil de Hannah Arendt), emporté par son ambition démesurée? Il n’est en tout cas pas un homme ordinaire (an ordinary man) en tant que médecin et médecin-directeur.

 

Mais avait-il le choix? Etait-il capable de défier l’ordre légal et établi, en l’occurrence l’ordre nazi? Un meurtre imposé par le maître est considéré comme un instrument et n’est pas illégal. Mais le droit à la désobéissance et à l’irrespect comme le dit Pierre Vidal-Naquet peut sauver des vies. On se situe en tout cas dans la zone grise de la responsabilité (the gray zone de Primo-Levi).

 

Il est probable qu’il ait contribué à la survie de l’hôpital juif de Berlin mais il est possible que des raisons plus banales telles que l’inertie du système administratif et les rivalités dans le système nazi aient également joué un rôle.

 

Peut-on parler d’un collaborateur? Il était marié à une aryenne, à l’instar de Fernand de Brinon, grand collaborateur et pétainiste qui était lui aussi marié à une juive et qui aurait sauvé quelques familles juives? Cela n’a pas empêché de Brinon d’être condamné à mort.

 

Nous devons cependant toujours nous poser la question: qui sommes-nous pour juger les gens en temps de guerre sous la botte nazie? En tant de paix, dans un systhème démocratique, nous sommes déjà souvent incapables de défier l’ordre légal (defying legal orders) s’il n’est pas acceptable du point de vue ethique. Il y a beaucoup de personnes intelligentes mais peu de personnes courageuses comme le disait Françoise Giroud.

 

Question subsidiaire: quel a été le sort des autres hôpitaux juifs en Allemagne, comme l’hôpital de Cologne, Nussbaumerstrasse, devenu par la suite l’hôpital militaire belge. Comment l’hôpital a-t-il échappé à la surveillance de Karl Brandt et Leonardo Conti, les deux principaux médecins SS, responsables des soins de santé?

 

dr. Yves Louis

Inhoud syndiceren